Mon Aïd-al-adha très festive à Mao, au Tchad

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Aïd al Adha, c’est la « fête du mouton ». Je l’ai fêtée avec mes amis et ma famille, à Mao, dans la région du Kanem, à 300 kilomètres au nord de la capitale tchadienne. Dans cette grande ville, Aïd al Adha est une fête toute en couleurs, riche socialement, religieusement et culturellement.

Dans ce billet, je vous fait revivre mon Aïd al Adha mouvementée et festive.

Mao, la ville blanche

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crédit : Moussa Djidingar

Mao est aussi appelée la ville blanche. C’est une grande ville, culturellement très riche. Elle est l’une, sinon la première ville, paisible au Tchad. Cette paix a été l’oeuvre du défunt sultan Alifa Ali Zezety qui est l’un des premiers leaders charismatiques que le Tchad a connu. Un titre hérité de ses grand-pères, qu’il a laissé à son fils Mouta, l’actuel sultan du Kanem. Dans cette ville blanche, lors de l’Aid al Adha il y a deux jour à fêter : l’Aïd al Adha (la fête religieuse ou la fête proprement dite) et celle appelée « la fête du sultan » ou « la fête du tam-tam ».

Aïd al Adha, la fête religieuse et sa veille

La veille de la fête, la FM Ndjimi (la radio FM de la ville) annonçait, par la voix du représentant des conseils islamiques :

« Demain c’est la fête, le personnel du conseil des affaires islamiques vous souhaite une bonne fête et vous formule ses meilleurs vœux…»

Cette nuit-là, le marché grouille de monde. Il y a ceux qui achètent de nouveaux vêtements, ceux qui attendent leurs habits chez les tailleurs et ceux qui achètent les décors festifs…
La veille se passe dans une joie intense.

La prière festive

Tôt le matin, on s’est lavé et parfumé, puis on a pris la direction de la place de l’indépendance pour la prière de deux rakats. La prière a été très bien sécurisée par les forces de défense et de sécurité de la ville. Tout le monde est fouillé, par mesure de sécurité.

Il y a quasiment toutes les autorités de la ville blanche à la prière : sa majesté le sultan du Kanem, le gouverneur, le préfet, le maire de la ville… Elles sont venues l’une après l’autre. C’est à l’arrivée du grand Imam que nous nous sommes levés pour accomplir les deux rakats (prosternations).

Après la prière, l’Imam a fait un prêche, en mettant l’accent sur l’importance de la fête et la crainte d’Allah.
Puis il a égorgé un mouton sur place.
Il avait imploré Allah pour qu’il nous guide vers le droit chemin et nous accorde sa bénédiction, surtout la paix.

Au retour de la prière

Au retour de la prière, sourires aux lèvres, on se serrait les mains, on se prenait dans les bras. Ceux que je connaissais et ceux que je ne connaissais pas aussi. Paix, paix sur toi, sur ta famille, «Mabrukh al Aïd»… étaient les mots de chaque personne qu’on croisait. Ces gestes prouvent à suffisance que l’Islam est une religion de paix et qui cultive la paix. Une paix que les extrémistes ne connaissent pas. Une paix que les terroristes veulent dénaturer aux profit de leurs mauvaises philosophies. Ici on se salut avec « paix sur toi et non bombe sur toi. »

L’égorgement de Mouton

Retour à la maison, j’ai égorgé le mouton. Le cœur, le foi ont été préparés d’abord, comme un avant goût. On appelle ça communément «marara hami» en arabe local tchadien. J’étais entouré de ma famille.
On causait, on rigolait… Bref, on fêtait.
C’était l’une des mes plus belles fêtes.

Les visites festives

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crédit : Moussa Djidingar

À l’accoutumance, à domicile, on accueille les visiteurs avec un kit festif (cakes, des sucreries, des chocolats, biscuits, bonbons… ), le tout couronné des vœux les plus chers adressés pour nous et nos familles. On donne aussi de l’argent aux enfants et aux filles généralement. Ce geste est appelé «barkada Aïd» (bonheur de la fête ou bonne fête).
La visite de voisinage, amicale et parentale est aussi primordiale et un acte mémorable. Elle lie les relations de voisinage, consolident les liens amicaux et parentaux. C’est ainsi que j’ai visité les voisins qui m’entouraient, quelques amis et parents.
À chaque salutation on priait pour la paix et on finissait avait les formules des vœux les plus chers.
C’est ainsi que la première journée de fête toucha à sa fin.

La deuxième journée de la fête, «la fête du sultan»

Une fête quasiment culturelle. Elle valorise les différentes cultures du Kanem. Une région du Tchad très riche culturellement. Le matin, la fête du sultan a été mouvementée. Devant l’espace royale une grande foule était venue assister aux festivités : des invités, les autorités de la villes… Sa majesté le Sultan était là aussi. C’était magnifique ! Il y avait beaucoup des danses !

La danse Balla

C’est la danse qui a comme instruments les tambourins. Les hommes dansent avec les femmes. Une ligne droite féminine et masculine forment la danse. Les batteurs de tambourins font des tours lorsqu’un danseurs commence à faroter (frimer).

La danse ganga

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crédit : Moussa Djidingar

C’est une danse qui a comme instruments les tam-tam et les longues flûtes appelées «al gaïta».
L’«al gaïta» accompagne les tam-tams au son très mélodieux, qui chante les louanges des hommes guerriers habituellement, mais il y a aussi des mélodies d’amour et de bravoure.

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crédit : Moussa Djidingar

La danse du « ganga »est l’une des danses traditionnelles dominantes dans la ville. Les hommes dansent avec des épées, parfois sur des chevaux avec des épées.
Une ligne d’hommes et de femmes forment la danse. La cadence se fait par des tours sur soi-même et avec des pas tactiques qui vont vers l’avant.
Qu’elle est belle à voir cette danse !

La danse kidi

Cela se danse au son de gros tambourins.
Les batteurs tapent sur leurs instruments en chantant les louanges des guerriers.
Les femmes se tiennent la main, parfois les jeunes garçons et les femmes se tiennent les mains face à la danse, et font des tours aux pas lents avec le rythme des gros tambourins.
Que c’est joli à voir !

La danse nangara

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crédit : Moussa Djidingar

Des tam-tams aux formes ovales sont frappées par deux batteurs, dont chacun possède deux battons pour rythmer la danse. Les deux tam-tams étaient accrochés sur une grosse branche, formant comme deux oreilles.

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crédit : Moussa Djidingar

Les femmes chantent en dansant et les hommes poussent des petits cris de joie. Ils dansent parfois avec des couteaux et des lances.
Le rythme était fantastique.

Le tcheguini

C’est la cora. Une forme de guitare traditionnelle, ficelée, dont la tasse est couvert de peau animale.

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crédit : Moussa Djidingar

Le «tcheguenima» (celui qui joue le tchegueni) se tenait debout devant sa majesté le Sultan et les invités. Il faisait des éloges à sa majesté le sultan et aux ancêtres de sa majesté le Sultan qui sont des guerriers redoutables que l’Afrique a connu à travers le plus grand royaume qui est le royaume du Kanem Bornou.

Le Kanem, une région riche naturellement (pétrole, natron, dattiers…), mais aussi et surtout fastueuse et magnifique avec sa diversité culturelle.

Vivement la prochaine fête !

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